Qu'il agisse en tant que simple nuisance, comme sur le littoral méditerranéen français, ou en tant que vecteur de graves maladies, en particulier sous les tropiques, le moustique a toujours constitué une cible privilégiée. Dans nos régions, c’est le volet de sa nuisance qui pose problème, pour le cadre de vie des populations résidentes et des populations visiteuses, à titre professionnel ou touristique. Mais même sur un mode mineur, la question vectorielle existe, avec la compétence de transmission de pathogène du moustique-tigre ou du moustique « commun » Culex pipiens. En France métropolitaine et d’outre-mer, elle fait l’objet d’une surveillance rapprochée et d’interventions ponctuelles en cas de déclaration de maladie vectorielle.

Nuisants / Vecteurs

Le moustique et ses nuisances

Les moustiques nuisants

Plusieurs espèces de moustiques sont nuisibles (ou nuisantes), du fait de leur piqûre. Ce sont les femelles qui piquent, pour ingérer du sang dont les protéines servent à la maturation de leurs œufs.

Parmi ces espèces « autochtones » (plus de 60 en France, dont près de 50 dans le sud), certaines piquent préférentiellement les humains, d’autres piquent tous mammifères qu’elles rencontrent. On dit que ce sont des espèces mammophiles. D’autres espèces piquent les oiseaux : on dit qu’elles sont ornithophiles.

Pour nuire, faut-il encore que l’espèce incriminée soit au contact de l’Homme. Sur la quinzaine d’espèces anthropophiles identifiées dans notre région, deux principalement sont dans ce cas : à la faveur de vents de sud, elles ont la capacité de parcourir des distances importantes depuis leur lieu de reproduction, en zones humides littorales ou rétro-littorales (10 à 20 km fréquemment, voire plus), et d’atteindre ainsi les secteurs urbanisés et résidentiels, fortement peuplés mais relativement éloignés des gîtes larvaires, ce sont Aedes caspius et Aedes detritus.

À l’inverse, des espèces comme Culex modestus, dont les gîtes larvaires principaux sont des rizières et des roselières, génèrent une forte nuisance toute la journée. Elles ont un pic d’activité le soir, mais comme elles se se déplacent assez peu autour de leurs gîtes larvaires, elles ne créent une nuisance que pour les habitations les plus proches.

Il convient aussi de prendre en compte, pour qualifier la nuisance, le comportement des moustiques : certaines espèces (comme Culex pipiens) entrent dans les maisons pour piquer, d’autre n’y entrent qu’exceptionnellement.

 

Les moustiques vecteurs

Les moustiques vecteurs sont ceux relevant d’espèces qui ont la compétence et la capacité de transmettre des maladies.

Nonobstant des circonstances favorables à des épidémies importantes, dans un passé désormais lointain (voir rappel historique), la problématique vectorielle s’est très fortement atténuée dans nos régions, jusqu’à devenir anecdotique. Néanmoins, certaines de ces espèces, présentes de longue date ou installées récemment, peuvent de nos jours transmettre des maladies. Heureusement, aucune des pathologies concernées n’est présente de façon endémique dans nos régions. Ce sont des cas importés qui constituent, ponctuellement, des foyers de contamination.

 

Les maladies tropicales

  • La dengue : C’est une maladie virale généralement bénigne, mais la forme hémorragique peut être mortelle. Elle est transmise, d’Homme à Homme, par un moustique du genre Aedes. On la rencontre surtout en Asie du sud-est, dans le Pacifique sud, l’océan Indien, en Australie et aux Caraïbes. Il n’existe ni médicament ni vaccin contre cette maladie.
  • Le chikungunya : Le chikungunya est un arbovirus, il se transmet d’Homme à Homme par l’intermédiaire de moustiques du genre Aedes. Lors d’une piqûre, le moustique prélève le virus sur une personne infectée, et à l’occasion d’une autre piqûre, il le transmet à une personne saine. C’est pourquoi, le meilleur moyen de lutter contre la transmission du chikungunya est de se protéger individuellement contre les piqûres de moustique (vêtements longs, répulsifs cutanés, moustiquaires) et de ralentir leur reproduction en détruisant les gîtes larvaires les plus évidents (dessous de pots, déchets, gouttières).
  • Zika : 
  • La fièvre jaune  : Elle est due à un virus transmis, par piqûre d’Homme à Homme, par un moustique du genre Aedes. Son histoire commence avec les premières relations régulières entre l’Europe et les rivages intertropicaux d’Amérique et d’Afrique. La répartition de la maladie est moins vaste que celle du paludisme. On la trouve surtout dans la zone intertropicale d’Afrique et d’Amérique. Elle n’a jamais été observée en Asie. En Europe, seuls quelques cas isolés ont été notés dans les ports. C’est une affection extrêmement grave pour laquelle il n’existe aucun traitement spécifique. Des vaccins très efficaces ont été mis au point.
  • La filariose de Bancroft ou éléphantiasis : Elle est causée par un ver dont une partie du développement se passe chez des moustiques du genre Culex et se poursuit chez l’Homme. Elle entraîne parfois des enflures invalidantes. On la rencontre en Asie, en Afrique, dans le Pacifique et en Australie.
  • Le paludisme : C’est une maladie due à un protozoaire, organisme unicellulaire appelé hématozoaire. Ce parasite est transmis, par piqûre d’Homme à Homme, par des moustiques du genre Anopheles, chez lequel il effectue la première partie du cycle de développement. La seconde partie s’accomplit chez l’Homme. C’est une maladie à répartition mondiale qui touche plus d’un demi-milliard d’individus. Elle a longtemps sévi dans les pays tempérés, dont la France, mais depuis un demi-siècle elle a pratiquement disparu d’Europe. Par contre, elle touche encore une grande partie des populations vivant dans les zones intertropicales d’Afrique, d’Asie et d’Amérique. Le traitement et la prévention ont d’abord été réalisés avec un alcaloïde extrait du quinquina : la quinine. Des antipaludiques de synthèse sont utilisés aujourd’hui. Il n’existe pas encore de vaccin.

Les maladies locales

Maladies locales, humaines et aussi animales, connues en Occitanie :

  • le West Nile virus, encéphalite grave du cheval, véhiculé par un moustique du genre Culex. Ce virus peut également provoquer une affection de type grippale très bénigne chez l’Homme.
  • le virus Tahyna, transmis par un moustique du genre Ochlerotatus, occasionne un état grippal discret chez l’Homme.
  • la myxomatose, maladie du lapin, est due à un virus transmis par plusieurs espèces de moustiques appartenant aux genres Ochlerotatus et Anopheles, mais le principal vecteur est la puce, qui prolifère dans les terriers.
  • la filariose canine est causée par un ver. Les moustiques injectent les larves de ce ver, qui se fixent sur la paroi du cœur pour terminer leur développement. Là, elles perturbent la circulation sanguine, ce qui peut entraîner la mort du chien.

LE MOUSTIQUE NE TRANSMET PAS LE SIDA.

LE MOUSTIQUE NE TRANSMET PAS LE CORONAVIRUS.

On a peine à l’imaginer de nos jours, mais dans le passé, il y a eu au sud de la France de grandes épidémies de paludisme et de fièvre jaune.

La région couverte par l’EID Méditerranée, à lido lagunaire, n’a pas échappé à ce lourd fléau.

Considérée jusqu’à la fin des années 1940 comme un « pays de fièvre », elle a connu de nombreuses épidémies, comme celles signalées au Moyen-Âge à Narbonne (Aude), Agde (Hérault), Maguelone (Hérault) et Aigues-Mortes (Gard). Ces fièvres ont sévi à l’état endémique jusqu’à l’aube du XXème siècle en divers points de la zone côtière du Languedoc-Roussillon. Au XIXème siècle, une étude des services des Ponts et Chaussées de l’Hérault (1868) montrait que la durée moyenne de vie sur quelques secteurs littoraux héraultais était voisine de 20 ans, alors que pour l’ensemble du pays elle était de 37 ans !

Avec la 1ère guerre mondiale, apparaissent des épidémies en série, dont la plus importante date de 1917, au cours de laquelle 158 cas de paludisme ont été recensés dans la région de Montpellier (Hérault). Ils ont coïncidé avec l’hospitalisation dans cette ville des blessés et malades de l’Armée d’Orient.

Jusqu’en 1939, on a encore observé de petites poussées épidémiques à Mauguio et Carnon (Hérault) et au Grau-du-Roi (Gard). Cette même année, une flambée épidémique a sévi parmi les populations de Le Barcarès, Saint-Cyprien et Argelès-sur-mer (Pyrénées-Orientales). Elle a été consécutive à l’exode des réfugiés espagnols pendant la guerre civile.

Enfin, en 1942 et 1943, une nouvelle phase épidémique a été relevée en Camargue et Petite-Camargue (plus de 200 cas). Elle a été mise en relation avec l’arrivée de l’Afrika Korps de Cyrénaïque et de Tunisie.

Quelques cas isolés ont été ensuite observés sans qu’on puisse les rattacher à une cause précise et la maladie a, depuis, disparu.