Sur la cinquantaine d’espèce du littoral méditerranéen français, un petit nombre d'entre elles pique l'Homme. Les plus fréquentes appartiennent aux genres Aedes, Ochlerotatus et Culex. Les moustiques mâles sont inoffensifs : seules les femelles piquent. Car après accouplement, la femelle a absolument besoin d'un repas sanguin pour porter ses œufs à maturité. Le cycle de vie démarre par la ponte. Puis il faut de l’eau pour qu’ils éclosent et donnent des larves.

Cycle de vie / Biologie

Le cycle de vie biologique du moustique

Schéma valable pour toutes les espèces

 

Œuf : Son repas sanguin achevé et digéré, la femelle va pondre ses œufs soit à la surface de l’eau ou soit sur une terre humide soumise à submersion, en fonction des préférences écologiques de l’espèce.

Larve : Dans l’eau, ses œufs vont éclore et donner naissance à des larves, qui ont un mode de vie exclusivement aquatique. L’eau est indispensable à l’éclosion de l’œuf et au développement de la larve… Dans certains cas particuliers, les œufs n’éclosent qu’après un certain temps, par exemple après avoir passé l’hiver. La vie du moustique au stade larvaire a une durée variable inférieure à 10 jours en plein été, à plusieurs mois pendant l’hiver. Les larves se nourrissent de matières organiques présentes dans l’eau : des bactéries et  du plancton, mais aussi des restes de végétaux ou d’insectes, en suspension ou déposés au fond de l’eau. La vie larvaire du moustique est rythmée par des mues qui lui permettent de grandir et de passer par les 4 stades larvaires.

Nymphe : Au terme de cette période larvaire, la larve effectue une ultime mue et devient une nymphe (l’équivalent du cocon des papillons). À ce stade, elle vit encore 2 à 3 jours dans l’eau, le temps que s’accomplissent en elle de profondes modifications anatomiques qui donneront un insecte adulte parfait (imago).

Émergence : L’émergence est la dernière étape, celle qui permet au moustique de passer du stade aquatique au stade aérien. La nymphe commence à s’immobiliser à la surface de l’eau. Une déchirure ouvre sa face dorsale… Et l’adulte se dégage lentement. Libre, il pourra enfin voler de ses propres ailes.

Plus de détails sur le cycle de vie des moustiques

  • Les œufs, généralement fusiformes, mesurent environ 1 mm de long. Blanchâtres au moment de la ponte, ils s’assombrissent dans les heures qui suivent. Les femelles pondent, soit à la surface de l’eau des œufs isolés (Anopheles, Orthopodomyia) ou groupés en nacelles de 50 à 200 œufs (Coquillettidia, Culex, Culiseta, Uranotaenia), soit sur un substrat humide susceptible d’être inondé par la suite (Ochlerotatus et Aedes). Les œufs pondus à la surface de l’eau sont insubmersibles grâce à des flotteurs (Anopheles), à une collerette (Orthopodomyia) ou à leur arrangement en nacelle. Le développement embryonnaire a lieu après la ponte et les œufs éclosent dès que l’embryon est complètement développé.

    Pour  les œufs d’Ochlerotatus et d’Aedes, pondus isolément sur un substrat humide,  ils doivent attendre d’être submergés pour éclore ; encore faut-il qu’un certain nombre de conditions (facteurs d’éclosion) soient réunies ; ces œufs sont dits quiescents.

    Au moment de l’éclosion, le bouton d’éclosion, véritable ouvre-boîtes situé sur la tête de la larve, découpe la coquille.

  • Toujours aquatique, l’évolution de la larve s’accomplit en quatre stades, séparés par une mue, lui permettant de passer d’environ 2 à 12 mm. A l’exception des Coquillettidia qui ont une biologie particulière, toutes les larves sont mobiles et respirent à la surface de l’eau, soit directement (Anopheles), soit par l’intermédiaire d’un siphon respiratoire (Ochlerotatus, Aedes, Culex, Culiseta, Orthopodomyia, Uranotaenia) situé à l’extrémité de l’abdomen. Apodes (sans pattes), elles se déplacent par saccades et se nourrissent, généralement par filtration, soit à la surface, soit au fond du gîte larvaire. Les larves de Coquillettidia vivent fixées à des racines de plantes au moyen d’un siphon modifié leur permettant de respirer l’air contenu dans les tissus végétaux. Elles se déplacent très peu et après chaque mue la larve se fixe à proximité de l’exuvie abandonnée. La durée du stade larvaire est très variable, de quelques jours, en été, à plusieurs mois (parfois une année pour les espèces n’ayant qu’une génération par an et hibernant au stade larvaire : Coquillettidia richiardii, par exemple). On trouve des larves dans toutes les collections d’eau, du marais aux fossés pollués, des fosses septiques aux creux d’arbres, sauf dans les eaux courantes. Ces gîtes peuvent s’étager du bord de la mer (Ochlerotatus mariae) à des altitudes élevées (Ochlerotatus pullatus, Ochlerotatus cataphilla, etc.), dans des zones dépourvues de végétation (Ochlerotatus mariae) ou des zones très ombragées (Ochlerotatus rusticus, Ochlerotatus cantans), dans des eaux douces (Anopheles), polluées (Culex pipiens) ou très saumâtres (Ochlerotatus mariae). Dans certaines conditions, la densité larvaire est telle que les larves peuvent occuper la totalité de la surface du plan d’eau (Culex pipiens, …).

  • Les transformations qui permettent au moustique de passer du milieu aquatique au milieu terrestre débutent à la fin du développement larvaire par la lyse des muscles et se poursuivent chez la nymphe par l’élaboration d’un système totalement nouveau : c’est à ce stade et à l’intérieur de la nymphe que se constitue toute l’anatomie du moustique adulte. Ce stade est de courte durée : 24 à 48 heures. La nymphe ne se nourrit pas, elle puise dans les réserves stockées au stade larvaire. Elle respire par l’intermédiaire de deux trompettes situées sur le céphalothorax et non au bout de l’abdomen comme chez la larve. Chez Coquillettidia, les nymphes sont aussi fixées aux racines par des trompettes respiratoires modifiées. Les nymphes restent généralement à la surface de l’eau mais plongent dès qu’elles sont dérangées, en déployant et reployant brusquement l’abdomen terminé par deux palettes natatoires. Au moment de l’émergence de l’adulte, la cuticule se fend longitudinalement. L’adulte se gonfle d’air et s’extrait de l’exuvie à la surface de l’eau.

  • Si la fécondation des œufs a lieu au moment de la ponte,  l’accouplement a eu lieu bien avant, souvent juste après l’émergence des femelles. Les moustiques peuvent, comme beaucoup d’autres insectes, former des essaims ; ils sont, le plus souvent, composés uniquement de mâles et les femelles viennent s’y accoupler.

    Il n’y a généralement qu’un seul accouplement au début de la vie de l’adulte, le sperme étant stocké et conservé dans les spermathèques de la femelle tout au long de la vie de celle-ci.  L’accouplement peut avoir lieu entièrement en vol ou se terminer sur un support. C’est pourquoi l’élevage en captivité est difficile à réaliser pour certaines espèces, l’espace étant un des facteurs déterminant. Cet inconvénient a été surmonté en ayant recours à l’accouplement forcé.

  • Pendant les premiers jours de leur existence, les adultes mâles et femelles sont au repos dans des lieux abrités. Leur premier repas, pris le plus souvent au crépuscule, est composé de nectar :ils participent ainsi, comme de nombreux insectes à la pollinisation des plantes.

    Mais les moustiques sont surtout connus pour les repas de sang pris par les femelles de la plupart des espèces. Le nectar des fleurs est pauvre en acides aminés et elles ont donc besoin d’un apport supplémentaire en protéines pour la maturation des œufs qu’elles trouvent dans le sang. Elles piquent exclusivement les vertébrés et peuvent avoir, selon les espèces, des préférences pour une classe donnée. Certaines piquent de préférence les oiseaux (Culiseta longiareolata,…) ou les batraciens (Culex hortensis hortensis, Culex impudicus) d’autres peuvent piquer des oiseaux ou des mammifères (Culex pipiens), d’autres ne vont piquer que les mammifères : ce sont celles qui génèrent la nuisance que nous ressentons (Ochlerotatus caspius, Oc, detritus, Aedes albopictus par exemple). Ce repas de sang peut être pris sur un seul hôte ou sur plusieurs : on parle alors de repas fractionné. Certaines espèces peuvent aussi produire une première ponte sans prendre de repas sanguin (Coquillettidia richiardii, Culex pipiens, Uranotaenia unguiculata,…) ; elles sont dites autogènes et utilisent les réserves énergétiques accumulées par la larve.

    Pour rechercher les hôtes à piquer les moustiques disposent d’un arsenal de détecteurs. A distance, ils détectent le CO2 dégagé par les vertébrés lors de la respiration grâce à leurs palpes maxillaires. A plus courte distance, ils détectent des odeurs spécifiques aux hôtes auxquels ils s’attaquent (mammifères, oiseaux etc) grâce à leurs antennes. Ainsi, certains pièges à moustiques utilisent le Co2 et des odeurs corporelles (acide lactiques etc) pour attirer et piéger les femelles dans un dispositif de capture.

  • Une fois gorgée de sang, la femelle se réfugie dans un abri (cabanon, caves, garages, ou végétation dense)  jusqu’a la digestion complète du sang puis elle recherche un endroit pour pondre. Le nombre d’œufs produit varie en fonction des espèces et de la quantité de sang absorbée. Il faut noter la possibilité pour certaines espèces de réaliser une ponte sans avoir pris de repas de sang, juste après l’émergence et l’accouplement : ces espèces sont dites « autogènes ».

    Un seul repas sanguin suffit pour produire une ponte, mais, la femelle ne piquera à nouveau après avoir pondu. Elles réalisent plusieurs pontes dans leur vie et piquent donc plusieurs fois.

    C’est ainsi qu’elles peuvent jouer un rôle dans la transmission de maladie en récupérant un agent pathogène (virus, filaire, parasites) chez un hôte et en le transmettant ensuite, sous certaines conditions à un autre hôte. Chez certaines espèces, la maturation des œufs laisse des traces dans les ovaires (Anopheles, Coquillettidia), ce qui permet de déterminer l’« âge physiologique » des femelles, notion particulièrement importante dans le cas de transmission de maladies.

    Les lieux de pontes sont très variés et dépendent des espèces :

    • eau douce (rizière, fontaine), saumâtre ou salée (marais littoraux),
    • eau propre (récipient mis en eau par la pluie) ou chargée en matière organique (fosses septiques, par exemple),
    • grand gîte (marais, étang, roselières…) ou petit gîte (flaque d’eau, creux d’arbres, pneu usagé).

     

  • Les capacités de vol varient énormément d’une espèce à l’autre et en fonction des conditions météorologiques. Certaines espèces ne se déplacent pratiquement pas quand les conditions leur sont favorables (Culex pipiens en milieu urbain) mais d’autres sont capables de parcourir de longues distances surtout quand elles sont ” portées ” par des vents chauds et humides (Ochlerotatus caspius,…).

    Des vols de dispersion se produisent à différentes périodes de la vie du moustique (quête d’un hôte, propagation de l’espèce,…) et concernent principalement les femelles. Les données publiées soulignent la propension des Aedes (Ochlerotatus) halophiles à la dispersion (migration), mais les indications sur les distances de franchissement ne sont guère précises. Une distance de 10 km est jugée possible pour ces espècesmais il est vraisemblable que celle-ci peut être largement supérieure (Moussiegt, 1987 et 1993). Des études menées sur Ae. (Oc.) caspius et Ae. (Oc.) detritus en Grande Bretagne ont montré des distances de vols de l’ordre de 8 km. Ils ont également noté la capacité pour ces deux espèces à réaliser des vols de dispersion : les moustiques peuvent se déplacer sur une assez grande distance afin de trouver des hôtes pour les repas sanguins et de revenir par la suite vers des gîtes de pontes (Marshall, 1938).

    Les suivis réalisés par l’EID-Med indiquent qu’en conditions favorables, les Aedes parcourent  2 à 3 km / jour. Lors d’un suivi dans des conditions très particulières, une distance de  40 km à même été relevée une fois  pour Ae. caspius (EID, 1980).

    Afin de mesurer la dispersion des moustiques, des lâchers d’individus marqués à la poudre fluorescente puis re-capturés à l’aide de pièges à moustiques à différentes distances du point de lachâge ont été mis au point. Mais les taux de recaptures sont trop faibles, de l’ordre de 0,044 % (Sudaric, 2007) pour donner des résultats précis quant à des déplacements à longue distance.

  • Chaque moustique possède un rythme propre d’activité et de repos. Ainsi, il a été constaté, par exemple, que la ponte avait lieu à heure fixe, au crépuscule le plus souvent. Ce rythme circadien intéresse également les repas de nectar et de sang. Il varie d’une espèce à l’autre bien qu’il soit toujours d’environ 24 heures et se maintient même si l’activité ne peut avoir lieu : vent fort, température trop basse, absence d’hôte pour le repas de sang, etc. Nous savons tous par expérience que les moustiques piquent préférentiellement à certaines heures de la journée, le plus souvent à l’aube et au crépuscule. Certaines espèces, plus rares, sont agressives pendant tout le nycthémère* (Culex modestus).

     

    * nycthémère (nom masculin) : espace de temps de vingt-quatre heures comprenant une nuit et un jour, correspondant à un cycle biologique.

  • En milieu tempéré la présence d’une saison défavorable induit la diapause chez certaines espèces. C’est un phénomène physiologique complexe qui peut se résumer par un arrêt saisonnier du développement du moustique sous l’influence de stimuli extérieurs (baisse de la durée du jour, température, etc). Elle peut avoir lieu à un stade fixe (œuf chez les Ochlerotatus, larve chez Anopheles plumbeus et Coquillettidia richiardii, adulte chez des Anopheles et Culex) ou à plusieurs stades. Au stade adulte, les femelles se réfugient dans des lieux abrités (caves, bergeries,…) ; même s’il leur arrive de prendre un repas de sang, sur les moutons d’une bergerie par exemple, il n’y a pas production d’œufs tant que la belle saison n’est pas revenue. Pour que l’activité reprenne il ne suffit pas d’une élévation de température; la durée du jour joue également un rôle important.

  • On pense généralement que les moustiques adultes ne vivent que quelques jours, au maximum une ou deux semaines. En fait, c’est une question d’individu et de conditions de vie. Au laboratoire certaines espèces peuvent vivre plusieurs mois, alors que sur le terrain la durée moyenne est de 3 semaines. Il faut noter aussi que les moustiques sont la proie de nombreux prédateurs (oiseaux, libellules, araignées…) et la cible de l’Homme, autant de facteurs qui contribuent à diminuer leur espérance de vie ». Par contre, des espèces qui diapausent à l’état adulte peuvent survivre plusieurs mois au stade adulte sur le terrain : un chercheur a montré qu’Anopheles atroparvus vit en moyenne six mois en hiver alors qu’il survit rarement plus de six semaines en été.